"La haute coiffe, tremblante et blême qui vient aux roches ridées, claquantes vagues, ronflantes de fumée, la brume et l'ombre océane.
Le ciel haché, peint d'une main fiévreuse, laissant se soustraire affolé de bleu clair de larmes, brossant là d'un linge verdâtre ce rimmel sombre, du geste qui sauve le sanglot.
De ces vêtements aux cendres de fumées, d'ocre de canon et d'incendies, les lourdes bourrasques, saphir, arrachent des plaintes aux familles de pêcheurs qui dans l'ombre hivernale, pleurent une trop profonde et immense séparation. L'eau sur ces reliques lourdes d'où s'échappent les crabes, l'eau crachant sa haine aux matins pâles et glauques de décembre, hurle encore sa hargne sourde, parfois blême comme un visage de noyé.
Son ombre et sa douleur quand tu t'éloignes, cette fin août, alors que le soleil, juché, allume les landes de grands gémissements lointains et de primes bruyères. Un envol argenté de goélands râleurs surgit des pourtours profonds, grandioses, d'émeraude, de genets, de chagrin, de ton parfum, et d'étoffes arrachées, blanches ; s'élevant au vent soudain, pour la mer, pour la soif.
Dans ma bouche, là ouverte, entrait l'écume blanche, perlée. J'ouvrai cette ouverture fragile, agitant mes bras, mes jambes, et d'avantage mes mains ; comme le chef d'orchestre dans une foule levée et applaudissant bruyamment, parfois écartant plus encore les mâchoires ; j'entendais malgré tout quelques sons mâchonnés, quelques mots comme quelques chants de jeunes oiseaux. Le souffle me maquait, et la mer sublime, blanche et bleue, ombrée, rageait à m'ensevelir. Je me débattais avec hargne et combativité, du bleu autour et de claires nuées m'environnaient. Je donnais avec grâce et témérité tous les gestes utiles et tous les mouvements, d'immenses danses à se débattre.
Mais ma bouche me perdait, cherchant l'air nécessaire aux manœuvres, l'air mais point l'eau. Hélas, c'est dans des couleurs froides que naissait mon déclin, des bleus plus tendres et des blancheurs moins agitées que je buvais discrètement, puis goulûment, au point de garder cette bouche large ouverte, des bras tombés nullement le long du corps et, corps de mollusque, d'invertébré que l'océan jouait à manipuler en le plongeant dans son calme de nuit ; réduire dans un jour ou deux, son visage à une blanche étoffe lâche, molle, aux yeux glauques, enflés, aux couleurs de galets." (Bruno Mirzayantz, sans date)
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